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Le Mur Païen
Une étude complète est paru dans le bulletin n° 18 du Cercle Historique de Ribeauvillé (1,cour du Grand Bailli - 68150 RIBEAUVILLE)

Le mur païen du Taennchel est l’un des éléments le plus sujet au questionnement de ce massif montagneux. C’est en l’étudiant de plus près qu’apparaissent des caractéristiques qui ouvrent de nouvelles perspectives quant à la finalité et la datation de cet ouvrage. Pour mieux appréhender ce sujet, il faut garder à l’esprit la notion de grands territoires et de continuité territoriale.
















Sur le terrain, c’est un mur d’une longueur de 2300 m avec en moyenne une largeur de 1,80 m à 2 m et une hauteur moyenne de 1,5 m . A certains endroits, une remarquable conservation permet d’observer sa facture. C’est un mur en pierres séches dont certaines ont été taillées sur le parement extérieur. Le calibre moyen des pierres est d’environ 20 x 10 x 10 cm, ce qui n’est pas comparable aux blocs utilisés pour la construction du mur païen du Mont Ste Odile et celui du Frankenbourg. La finalité n’est pas la même. Il ne forme pas une enceinte mais parcourt une des crêtes du Taennchel du Nord-Ouest au Sud-Est. Et en certains endroits, il parait avoir été construit de manière hâtive et désordonnée.


















Les anciens murs présents en Alsace et dans les Vosges

































Sur le Taennchel - Historique

De nos jours, le massif du Taennchel est recouvert d’une forêt mélangée d’un millier d’hectares qui se trouvent sur le ban de huit communes  (Rorschwihr possédant des forêts sur le ban de Rodern).Le périmètre, en bleu sur la carte, se positionne à environ 700 mètres d’altitude. Ce massif présente à la fois le relief caractéristique en table trapézoïdale sub-horizontale des buttes témoins constituées de grés et de conglomérat principal mais aussi les formes typiques des rochers dégagés par l’érosion qui font tout l’attrait du Taennchel.






























































  
Le mur païen près du rocher de la garde; une facture très sommaire.
Sur le plateau supérieur, les pierres ont été taillées grossièrement pour s’emboiter, mais sans plus.
Le mur païen dans sa partie la mieux conservée se trouve après le rocher abri. On note sa facture soignée et les pierres taillées.
Un mur gaulois typique avec son armature en rondins de bois   -  le mur celte ( technique gauloise ) du Britzgyberg près d’Uffholz en Alsace   -   un mur du camp celtique de la Bure près de St Dié
Le mur païen du château du Frankenbourg identique à celui du Mont Ste Odile
Les restes de l’enclos protohistorique à double circonvallation au pied du château du Haut-Ribeaupierre
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En 1860, Jacques Rothmuller, graphiste alsacien réalisa ce dessin du rocher pointu et du mur païen. L’environnement du Taennchel inspira plus d’un artiste.

Les plus anciennes photos du Taennchel datent de 1893. On voit une partie du mur sur la crête et le rocher du Solstice appelé à ce moment Krappenfelsen (rocher du corbeau).
En remontant l’Histoire, il est possible de définir les périodes durant lesquelles le mur païen n’a probablement pas pu être construit. La période du mésolithique et paléolithique ainsi que l’âge de bronze pourrait réserver quelques surprises quant à l’occupation du massif mais ce n’est pas un mur de ces périodes. La civilisation des Celtes a bien pu construire ce mur, mais ce n’est pas un murus gallicus avec des éléments en bois. D’autre  part, contrairement à d’autres sites occupés en altitude dans le massif vosgien à l’époque celte pour des raisons stratégiques, il apparait que le Taennchel est un massif qui se trouve trop en retrait par rapport à la plaine et ne peut servir de site opérationnel efficace. De plus, la mise en œuvre d’une agriculture nécessaire et suffisante à la survie de ses occupants sur cette montagne semble être une gageure. Durant cette période, le Taennchel a sûrement eu une « utilisation » cultuelle, la configuration des  lieux s’y prêtant à merveille.
Vint la période romaine dont l’occupation de la globalité du territoire ne nécessita pas la construction d’un tel ouvrage. Après les moments troubles qui suivirent la fin de l’empire romain s’ouvrir deux périodes durant le Haut Moyen-âge  propices à la construction d’un tel mur au Taennchel.  C’est l’époque de la mise en place de grands territoires ecclésiaux ou dirigés par d’importants maîtres des lieux.  La 1ère période s’étend de 640 à 740 au moment du Duché d’Alsace  et la seconde période de 740 à 840 pendant le règne des Carolingiens.
Deux abbayes, celle de Moyenmoutier et celle de St Denis  occupent le territoire du Taennchel durant ces périodes. A partir du IXème siècle, on ne trouve plus les conditions nécessaires  pour réunir les conditions nécessaires pour la construction d'un tel mur. Les  seigneurs des Ribeaupierre s’accaparèrent peu à peu le massif du Taennchel à partir du Xème siècle. Ces seigneurs, devenus propriétaires officiellement en 1357, préférèrent délimiter leur territoire par des moyens « légers » (bornes, inscriptions dans les roches, etc)  par opposition aux moyens « lourds »  (construction de murs). Et  avec la montée en puissance de cette seigneurie, c’est aussi le début des litiges avec les propriétaires voisins.
Entre 640 et 667, la répartition du territoire autour du Taennchel devait se présenter de la manière suivante : les biens d’Adalric (Duc d'Alsace) et de sa famille (les Etichonides) représentaient la totalité des terres sur cette partie du diocèse de Strasbourg. A la limite Nord du diocèse de Bâle se trouve Bergheim dont le nom francique vers 495 est Berchem. Vu son illustre passé romain, (de superbes mosaïques d’importantes villas y ont été découvertes), ce domaine parait être de taille importante. Un certain Hagio en est le maître des lieux. Ses terres s’étendaient bien au-delà de la limite actuelle de Bergheim. Elles comprenaient, entre autre, la partie haute jusqu’au massif du Taennchel. Ainsi, jusqu’en 1834, Bergheim possédait des biens au pied du Taennchel au Nord-Ouest dans le ban communal actuel de Thannenkirch. Il apparait que cet Hagio ne serait qu'Aldaric, le plus célèbre des ducs d'Alsace et père de Ste Odile.
Un autre domaine sûrement présent dans la région est St Hippolyte. Il parait que c’est un chef gaulois du nom d’Audaldo qui a donné le premier 1er nom de cette ville, Audaldovillare.
Nous ne possédons pas de données concernant Ribeauvillé qui apparait dans la 2ème partie du VIIIème siècle. Avant la venue des Habsbourg et Hohenstaufen à partir du XIIème siècle, Ribeauvillé et les maîtres du lieu ne possédaient rien sur le massif du Taennchel.
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                                Situation entre 640 et 670                                                                                Situation entre 670 et 740
Construction du mur païen du Taennchel : 1ère probabilité vers 680 après J.C.

Adalric, voulant conserver la plus grande partie du massif du Taennchel pour diverses raisons,  délimite son bien en construisant le mur païen sur le bord de la crête du Taennchel donnant sur Bergheim. Il construit ce mur aussi pour bien  marquer les nouvelles limites et ne pas les confondre avec la limite du diocèse sur l’autre crête. Il est aussi construit avant la donation à l’abbaye de Moyenmoutier, ce qui explique le tracé très personnel de ce mur. Nous retrouvons là les deux composantes nécessaires pour l’édification d’un tel ouvrage:
Un pouvoir politique fort qui dirige de grands territoires avec des moyens humains disponibles.
  
C’est avec Pépin le Bref, fils de Charles Martel, que commence la dynastie des Carolingiens.
Le Duché d’Alsace présentant un danger potentiel pour le royaume, celui-ci est voué à la disparition.  Localement, Pépin Le Bref confisque les biens des Etichonides et les redistribue à divers propriétaires fonciers parmi lesquels figure Riculfe, comte d’Alsace. Ce dernier n’est d’autre que le père de Fulrad, personnage important du haut Moyen Age, qui oeuvra dans la région.

Construction du mur païen du Taennchel : 2ème probabilité vers 780 après J.C.

En 774, Charlemagne, dans un diplôme, approuve la fondation de Lièpvre et confère, dans le même document, des biens situés dans le domaine royal aux environs de Kintzheim. Le Taennchel en faisait-il partie ou était-il déjà dans les biens de Fulrad reçus de son père, Riculfe ?
Le mur païen fut-il construit à cette période par Fulrad ? Comme nous l’avons évoqué plus haut, le mur fut peut-être construit à ce moment pour matérialiser la limite avec les biens de l’abbaye de Moyenmoutier. Bien qu’aucun document écrit n’atteste ce fait, il faut cependant remarquer que le tracé si particulier du mur avec ses enclaves et ses déviances sont l’œuvre d’un maître d’œuvre méticuleux, d’un homme du terrain où rien n’est laissé au hasard. Cela ne correspond pas au personnage d’Adalric tel que nous en avons connaissance.
  
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                                Situation entre 740 et 814                                                                                    Situation en 1357
  
 La seigneurie des Rappolstein (futur Ribeaupierre)  monte en puissance et en 1357 un jugement arbitral du 11 Novembre adjuge à la maison des Ribeaupierre tous les cantons du Taennchel allant depuis le Strengbach jusqu’à la limite des évêchés de Bâle et Strasbourg.
La répartition actuelle des bans communaux autour du Taennchel.

Après la Révolution, Rodern et Rorschwihr se séparent de la tutelle de Bergheim. Rodern récupère la forêt du Hinterwald appartenant à Bergheim et Rorschwihr obtient des forêts sur le ban communal de Rodern. Thannenkirch, obtient après de rudes batailles, le versant du Taennchel au-dessus du village jusqu’au mur païen et des biens de Bergheim. Les biens ayant appartenu aux Ribeaupierre sur le ban de Ribeauvillé deviennent une forêt domaniale.